Texte cité dans

Six White Dots [Six points blancs]

par Henry Fourès

Lorsque l’Ircam m’a passé commande en 2015 de l’écriture et la réalisation d’une pièce de musique de chambre, au terme d’un protocole de recherches d’un an, j’étais déjà depuis longtemps engagé dans un compagnonnage étroit avec le jongleur Jérôme Thomas. Le nouveau projet d’écriture, qui associait le jonglage, considéré pour sa musicalité – non seulement celle du geste lui-même mais aussi celle du résultat sonore qu’il produit grâce à des balles augmentées de capteurs –, et les six musiciens de L’Instant Donné (ensemble habitué à jouer sans chef), m’est donc apparu comme une évolution naturelle de ce compagnonnage. La création de cette pièce, intitulée Dels dos principis, au festival Musica de Strasbourg, et ses reprises subséquentes, m’ont permis de valider les acquis technologiques et de confirmer que leur insertion « instrumentale » pouvait trouver un plus large développement. Assistant à ce concert, les guitaristes de l’OSG et leurs responsables m’ont alors proposé une résidence de travail permettant de poursuivre la démarche tout en étendant le concept de musique de chambre et « d’orchestration » qu’elle sous-tend à un instrumentarium de six guitares électriques. Le Landeszentrum Musik-Design- Performance de Trossingen en partenariat avec l’Ircam et le GMEM ont accompagné ce projet sur la durée de sa réalisation ainsi que sur la période de sa création à la Konzertsaal de Trossingen, au ZKM à Karlsruhe et au Hamburger Museum de Berlin.

À l’origine, Six White Dots partageait l’affiche du programme « Moving Sounds » avec une pièce écrite par l’ensemble OSG sous la direction artistique de Barbara Lüneburg. Pour la création française, l’Ircam lui a substitué une commande pour le même ensemble, passée à Benjamin Dupé, une œuvre dont la nature et l’espace poé- tique offrent à ma pièce un large contrepoint de correspondances.

Composée pour l’ensemble de six guitares Open Source Guitars (OSG) et le jongleur Jérôme Thomas, Six White Dots emprunte tout autant au concert qu’à la performance et au « théâtre d’installation », mêlant l’écrit, l’improvisé, les enregistrements sur support et l’art du jonglage, lequel produit des sons traités en temps réel.

L’ensemble de ces champs laisse libre l’expression d’éléments autonomes (de formes d’autonomie), qui sont néanmoins lié(e)s en un rapport interactif. Ce rapport est entretenu par l’expérience du collectif (instrumentistes et jongleur, dans leurs corporalités mêmes), en même temps qu’il est affecté par chaque modification de l’espace, visuel ou sonore.

Le corps est ici à l’avant-garde. L’élaboration de la composition résulte d’une collaboration intensive avec l’ensemble OSG lors de quatre périodes de résidence qui se sont tenues au cours de l’année 2017. Dans le même temps, j’ai créé et développé, conjointement avec les réalisateurs en informatique musicale Augustin Muller à l’Ircam et Nicolas Déflache au GMEM, le processus interactif à partir des capteurs et technologies initiés par l’Ircam.

Note de programme du spectacle chorégraphique des 5 et 6 décembre 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil
© Ircam-Centre Pompidou 2019