mise à jour le 15 June 2018
© Shervin Afshar

Ryoji Ikeda

Compositeur et artiste visuel japonais né en 1966 à Gifu.

Né en 1966 à Gifu (Japon), Ryoji Ikeda est un artiste visuel et compositeur de musique électronique minimaliste. À treize ans, il joue de la guitare dans un groupe de rock, mais il ne démontre pas d’aptitude ni d’appétence particulière pour la pratique instrumentale. À dix-huit ans, il quitte sa ville natale pour étudier l’économie à l’Université de Tokyo, même s’il déclare aujourd’hui n’avoir aucun souvenir du nom de son cursus, ou de ce qu’il a pu étudier à l’époque. Après avoir reçu (miraculeusement) son diplôme, il reste dans la capitale, où il officie en tant que DJ dans les clubs tokyoïtes, où il dit avoir « tout appris ».

Avec d’autres anciens élèves de l’université, il fonde le collectif multidisciplinaire Dumb Type, constitué de danseurs, puis d’architectes, plasticiens, performers et musiciens. Ensemble, ils interrogent et matérialisent les flux de données avec un langage fortement marqué par les nouvelles technologies de l’informatique : ils produisent plusieurs pièces (pleasure life, s/n, lovers) qui leur permettent de voyager et d’aiguiser leurs techniques, et leur regard critique. C’est notamment depuis cette époque que Ryoji Ikeda systématise une approche collaborative à l’élaboration de ses œuvres : grâce à Dumb Type, il prend l’habitude de travailler avec programmeurs, designers, informaticiens mais aussi architectes. On ne lui connaît pas de professeur ou de modèle qu’il tente de suivre : Ryoji Ikeda n’a que des collaborateurs.

Le critique musical Atsushi Sasaki, proche d’Ikeda, raconte avoir ignoré pendant longtemps que son ami était musicien : « un jour, il m’a dit soudainement « en fait, je fais du son », puis le temps est passé, puis j’ai reçu un disque blanc. » C’était les 1000 fragments, premier disque du compositeur et fait de trois pièces : Luxus, 5 zones et Channel X. Dès cette époque (1995), son langage est affirmé, structuré : utilisation de fréquences très hautes et très basses, évocation d’outils informatiques comme le radar, patterns rythmiques superposés avec une précision millimétrée. La suite ne fera qu’ajouter des niveaux de complexité, de nouvelles textures à un ensemble déjà cohérent : en 1996, Ikeda termine +/- et headphonics et en 1998, , C, time et space. Avant le tournant du siècle, le bug de l’an 2000 et la généralisation des ordinateurs personnels et d’internet, Ryoji Ikeda sait parfaitement que son esthétique est intrinsèquement et définitivement liée aux sons et aux machines.

Il y aura quelques exceptions : la première est la série Op. (diminutif de opus), pour ensemble d’instruments à cordes. Cette série, présente sur l’album du même nom, est ce que son catalogue actuel compte de plus accessible : on y retrouve cependant beaucoup d’ingrédients de ses œuvres « informatiques » : aigus éthérés (violons), silences calibrés, distribution panoramique du son, extrême concision de l’écriture. La deuxième arrivera une quinzaine d’années plus tard, avec la suite pour percussion, de la série Op. (Body Music, Metal Music).

Toute l’œuvre de Ryoji Ikeda est traversée par l’idée de polarité. Ses pochettes d’album (qu’il réalise lui-même) ne sont constituées que de noir et de blanc. Ses titres de pièces, aussi bien que leur contenu, sont habités par les chiffres 0 et 1. Derrière ces extrêmes, il y a la question de l’infini : +/-, représente ainsi l’infinité de chiffres entre 0 et 1. Il nous est donc important de préciser que ses pièces sont fortement influencées par son intérêt (pour ne pas dire obsession) pour les mathématiques, comme en témoigne sa collaboration avec le mathématicien Benedict Gross, professeur à Harvard pour son cycle d’œuvres V≠L. Ryoji Ikeda crée parfois sans aucun son, confectionnant sur papier et aluminium.

Sa curiosité pour les sciences touche également à la mécanique quantique, dont il a puisé son inspiration pour superposition. Il précise cependant que l’interprétation de ses œuvres n’est jamais unidimensionnelle, qu’elles s’inspirent mais ne paraphrasent pas des données scientifiques, et que les titres sont forgés de manière à provoquer chez le visiteur des significations très variées. Son approche, dit-il, est avant tout « pratique » et non « conceptuelle », et sa méthode d’écriture est, selon lui, « très intuitive ». Quelle finalité peut-on donc imaginer, à propos de son association entre musique et mathématiques ?  « La beauté, c’est du crystal, de la rationalité, de la précision, de la simplicité…le sublime est infini : infinitésimal, immense, indescriptible. Les mathématiques sont une des formes les plus pures de beauté ». Pureté, cohérence, précision : on touche sans doute ici aux caractéristiques premières de chaque œuvre de Ryoji Ikeda.

Sa technique est aussi celle de la variation : ses séries spectra, matrix, datamatics, A ou encore dataphonics lui permettent de moduler ses concerts, installations et performances selon les lieux, les pays, les contraintes formelles et la modernisation des moyens ; datamatics compte par exemple près d’une vingtaine de versions, adaptées et présentées à Taïwan, à Madrid, à Tokyo, à Bogota, à Montréal ou au Grand Palais de Paris. Sa série matrix a pu être entendue dans un container rouge aux Pays-Bas, dans un bâtiment spécialement conçu par Zaha Hadid à Londres et dans une chambre anéchoïque à Tokyo. Quant à sa série A, étudiant la systématisation de la note « la » au cours de l’histoire, une de ses occurrences a convoqué une centaine de voitures (et de chauffeurs) garées et soigneusement positionnées dans un garage de Los Angeles.

Ne délaissant pas le format de l’enregistrement, Ryoji Ikeda publie récemment plusieurs œuvres sur disque vinyle, comme The Solar System, code name A to Z et music for percussion, publiées par The Vinyl Factory.

En juin 2018, il est artiste invité au festival ManiFeste (Ircam), présentant trois de ses œuvres : datamatics, formula et CI


© Ircam-Centre Pompidou, 2018

Bibliographie

  • Cat HOPE, John Charles RYAN, Digital Arts: An Introduction to New Media, Bloomsbury, 2014. 
  • Samy BEN AMOR, Franck RENUCCI, Hervé ZÉNOUDA, "Aux frontières de l'homme-interfacé", in Pratiques et usages numériques : H2PTM'13, Lavoisier, 2013. 
  • Ryoji IKEDA, Kazunao ABE, Maria Belen SAEZ DE IBARRA, Benjamin WEIL, datamatics book, Charta, 2012. 
  • Ryoji IKEDA, Carsten NICOLAI, id, gestalten, 2011. 
  • Ryoji IKEDATomonaga TOKUYAMA, dataphonics book+cd, ZagZig004/Atelier de Création Radiophonique (France Culture), 2010.  
  • Ryoji IKEDA, +/- [the infinite between 0 and 1], Esquire Magazine Japan CO. Ltd, 2009. 
  • Ryoji IKEDA, V≠L, Éditions Xavier Barral, 2008. 
  • Tomek JAROLIM, Ryoji Ikeda, 2007, lire en ligne
  • Ryoji IKEDAformula, NTT Publishing, 2002 (réédité en 2005 par Forma). 

Discographie 

Compact-discs : 

  • Ryoji IKEDA, music for percussion, codex | edition, 2018. 
  • Ryoji IKEDA, Alva NOTO, Mika VAINIO, Live 2002, Noton, 2018. 
  • Ryoji IKEDA, tracks 1993 - 2011, codex | edition, 2018. 
  • Ryoji IKEDA, supercodex, Raster-Noton, R-N150, 2013. 
  • Ryoji IKEDA, id, Raster-Noton, R-N127, 2011. 
  • Ryoji IKEDA, test pattern, Raster-Noton, R-N093, 2008. 
  • Ryoji IKEDA, dataplex, Raster-Noton, R-N068, 2005. 
  • Ryoji IKEDA, op., Touch Music, TO:60, 2002. 
  • Ryoji IKEDA, ., Raster-Noton, CDR 041, 2001. 
  • Ryoji IKEDA, matrix, Touch Music, TO:44, 2000.
  • Ryoji IKEDA, time and space, Staalplaat, STmCD 009, 1999.
  • Ryoji IKEDA, Mort Aux Vaches, VPRO Radio 5 "De Avonden", limité à mille copies, 1999. 
  • Ryoji IKEDA, 0°c, Touch Music, T0:38, 1998.
  • Ryoji IKEDA, +/-, Touch Music, T0:30, 1996.
  • Ryoji IKEDA, 1000 fragments, cci recordings, CCD23001, 1995. Réédité par Raster-Noton en 2008 (R-N089). 
     

Vinyles : 

  • Ryoji IKEDA, Alva NOTO, Mika VAINIO, Live 2002, Noton, N-043, limité à 800 copies, 2018. 
  • Ryoji IKEDA, music for percussion, The Vinyl Factory, 2017. 
  • Ryoji IKEDA, code name A to Z, The Vinyl Factory, 2017.  
  • Ryoji IKEDA, Christian MARCLAY, Live At White Cube, The Vinyl Factory, VF153 Live 15, 2015. 
  • Ryoji IKEDA, The Solar System, The Vinyl Factory, 2015. 
  • Ryoji IKEDA, Mort Aux Vaches. Second Edition, VPRO Radio "De Avonden", 2002. 

 

Liens