Salvatore Sciarrino (1947)

Quartetto n. 7 (1999-2000)

  • Informations générales
    • Date de composition : 1999 - 2000
    • Durée : 00:08
    • Éditeur : Ricordi, Milan, nº 138496
Effectif détaillé
  • violon, violon II, alto, violoncelle

Information sur la création

  • 18 June 2000, Italie, Reggio Emilia, Teatro "Romolo Valli", Concorso Borciani, par le Quatuor Excelsior.

Note de programme

L'élaboration d'un style vocal a été un des objectifs les plus conscients que je me sois imposés. Il m'a fallu environ dix ans pour réaliser cette entreprise et encore dix ans pour mesurer la portée des résultats.

Il est nécessaire de libérer la voix de l'imitation inerte des instruments, d'approximations grossièrement génériques ; mais il est surtout nécessaire de redonner au chant toutes ses forces sans retourner à d'anciens motifs, trop attendus : ils produisent un effet superficiellement agréable, qui est le contraire de l'expression.

Récemment j'ai voulu appliquer mes petites conquêtes vocales aux instruments. L'histoire du Quatuor n°7, morceau obligatoire au concours Borciani, est donc une vérification à l'envers. Je voulais en fait éviter l'aspect virtuose impliqué par le concept même de compétition, en parcourant la tradition intime et déclamée que Beethoven a inaugurée dans ses adagios. Pour moi il ne s'agit pas d'un choix attendu, ce qui a pu surprendre certains.

En effet, ma musique est aux antipodes de la virtuosité. Je demande toujours plus de responsabilité aux interprètes, et cela constitue le nœud et la difficulté principale. Le reste n'est qu'une conséquence. Je voudrais que chaque exécutant fasse des choses qu'il n'est pas donné d'accomplir aux autres. Je ne parle pas de miracles, entendons-nous bien. Se transfigurer soi-même, transfigurer le lieu ainsi que ceux qui écoutent, c'est le niveau minimal de l'interprétation. Il est inutile de jouer si une telle magie n'advient pas, si le pouvoir thérapeutique propre à la musique n'est pas en jeu. L'expression et la participation émotive personnelle en sont la base. Chacun d'entre nous a quelque chose à dire. Sinon, comment voulez-vous que certains musiciens de la rue arrivent à nous charmer autant ?

Donc, se mesurer avec soi-même, devenir meilleurs. Chercher l'autre.

Le mythe narre que Orphée apprivoisait les fauves et était capable d'émouvoir le pierres : il franchissait les barrières de la vie. Vous imaginez le ridicule, s'il avait voulu faire preuve de virtuosité ou, pire, se borner aux notes ?

Salvatore Sciarrino.