Hèctor Parra Esteve (1976)

Abîme - Antigone IV (2002)

pour ensemble de six instrumentistes

  • Informations générales
    • Date de composition : 2002
    • Durée : 18 mn
    • Éditeur : Editorial Tritó, Barcelone
    • Commande: Festival International de Takefu pour l'Atelier de Composition 2002 et Ensemble Recherche
Effectif détaillé
  • 1 flûte (aussi 1 flûte piccolo), 1 hautbois, 1 clarinette, 1 piano, 1 violon, 1 alto, 1 violoncelle

Information sur la création

  • Takefu International Music Festival 2002, Japon, par Ensemble Recherche, Ken-Ichi Nakagawa : direction

Note de programme

Une des premières de pièces mon catalogue. Abîme – Antigone IV (2002) pour six instruments est la quatrième et dernière partie du cycle d’Antigone écrit en 2001 et 2002, et elle est dédiée à l’ensemble recherche. La tragédie de Sophocle fonctionne ici à l’arrière-plan comme cadre de référence culturel pour une série de matériaux sonores et de processus musicaux qui doivent permettre à l’auditeur, comme il a été dit plus haut, de revivre temporellement la tragédie. L’œuvre commence avec des phrases courtes et vives, interrompues progressivement par des points d’orgue de plus en plus courts. Elle contribue à créer un état de mémoire musicale qui exige impérativement une synthèse linéaire. À la fin, la pièce impose son propre déroulement temporel et qui, ordonnée par l’interaction de différents paramètres musicaux (tempi, mesures, structures rythmiques, dynamiques gestuelles) sera progressivement déformé. À partir du frottement des accélérations et ralentissements omniprésents et de la variation de la densité de l’articulation rythmique, qui s’oppose à ces modifications du temps, une courbe de plus en plus claire se dessine. Ainsi les densités et relâchements différents, et même l’arrêt du déroulement temporel, forment l’essence même de la pièce et établissent un lien avec la tragédie de Sophocle. Cependant, la rationalisation du temps, développée en tant que « machine rythmico-temporelle » ne nous donnera pas le contrôle, par ailleurs impossible, du temps physique. Elle permet bien plutôt un développement parallèle des émotions. Ces « machines temporelles » ont été conçues pour nous mener vers des moments « abyssaux », comme celui à la fin du duo piccolo/violoncelle ou la cadence de la flûte, tous deux situés dans la section centrale. Les émotions s’y libèrent et indiquent avec violence la composante tragique de la solitude de l’existence humaine. Abîme tente de provoquer chez l’auditeur une espèce particulière d’expérience esthétique et culturelle : l’enrichissement du monde psychologique de tout un chacun par un processus qui relie une abstraction conceptuelle du temps « tragique » des grecs à la musique, art dont l’essence et la vie même est le temps.

Hèctor Parra, livret du Cd Kairos, 2008.