Jean-Louis Florentz (1947-2004)

Le Songe de Lluc Alcari (1992-1994)

Concerto pour violoncelle et orchestre

  • Informations générales
    • Date de composition : 1992 - 1994
    • Durée : 30 mn
    • Éditeur : Alphonse Leduc
    • Opus : 10
    • Commande: Musique Nouvelle en Liberté et Ministère de la Culture.
    • Dédicace : à Yvan Chiffoleau
Effectif détaillé
  • soliste : 1 violoncelle
  • 3 flûte (aussi 2 flûte piccolo, 1 flûte alto), 3 hautbois (aussi 1 cor anglais), 3 clarinette (aussi 3 clarinette basse, 1 clarinette contrebasse), 3 basson (aussi 1 contrebasson), 4 cor, 3 trompette, 3 trombone, 3 percussionniste, 1 timbales, 2 harpe, 16 violon, 14 violon II, 12 alto, 2 violoncelle, 8 contrebasse

Information sur la création

  • 12 October 1994, Paris, salle Pleyel, par Yvan Chiffoleau, violoncelle, Orchestre de Paris, direction : Semyon Bychkov.

Note de programme

Mon concerto pour violoncelle est formé de quatre mouvements qui se jouent sans interruption. Les passages du premier au second ne sont même perceptibles que partition en mains.

Le premier mouvement est en réalité un prologue préparant l’entrée du violoncelle concertant. La plupart des motifs introduits sont des germes de quelques uns des principaux thèmes de l’ouvrage.

Dans le prologue, émerge, quoique discrètement, le premier violoncelle de l’orchestre, dont le rôle est très important dans le concerto : il est le double, l’« alter ego » du violoncelle soliste. Il « irradie » parfois les onze autres violoncelles de certains éléments thématiques typés, que ceux-ci transmettent aux quatre-vingt un musiciens de l’orchestre, presque tous solistes à un moment ou à un autre de l’ouvrage.

Le violoncelle concertant apparaît au début du second mouvement : sorte de longue litanie à rebondissements stimulés, réactivés par les cadences du soliste. Cette période toujours plus violente, au cours de laquelle les deux violoncelles solistes jouent parfois en unisson rythmique, se clôt sur un instant de calme pulsé, en prélude au troisième mouvement.

Ce dernier s’ouvre sur un « récitatif » du violoncelle seul, qui entonne un thème largo sans la participation de l’orchestre. L’épisode central partant de l’entrée de l’orchestre a pour objet d’accentuer le caractère dramatique de tout l’ouvrage. Le « récitatif » sans accompagnement orchestral, réapparaît en tant que coda du mouvement.

Le quatrième et dernier mouvement est proche du second, mais son déroulement est plus resserré. Au terme d’une litanie chaotique, des appels de tout l’orchestre, répétés de plus en plus lointains, laissent chaque fois à nu le violoncelle soliste, qui fini par « plonger » dans un abîme écrasant (grandes trames de cordes, rehaussée de réponses par les bois, cuivres et percussions).
Le violoncelle soliste se retrouve seul, et tente de tout recommencer, en vain. Les autres violoncelles lui répondent par bribes … Un dernier sursaut de l’instrument est « déchiré » par un lourd nuage de cymbales.

Tout ce qui vient d’être dit n’a finalement qu’une importance secondaire par rapport à la nature même du contenu musical de l’ouvrage. Le vrai titre précise d’ailleurs que le propos réel n’est pas celui d’un concerto pour violoncelle au sens traditionnel du terme. L’expression « Le songe de Lluc Alcari » n’est pas d’origine littéraire et fait allusion à un lieu-dit, aux Baléares, qu’affectionnait particulièrement l’ami à la mémoire duquel j’ai écrit ce concerto. Le lieu évoqué est à son tour une métaphore pour un autre, plus considérable encore…

Cette manière de jouer des effets conjugués, produits par l’ensemble des significations contenues dans le sens propre ou symbolique d’un mot, est appelé en Éthiopie, la poésie de « cire et or ».

Il y a donc bien un « message » dans ce concerto. Une description sophistiquée de son contenu ne peut pas rendre compte du « message » lui-même et d’ailleurs, les « questions grammaticales » n’intéressent pas l’auditeur, car le but ultime de la musique, c’est l’émotion.

Jean-Louis Florentz, 24 février 1994.