Stefano Bulfon (1975)

Die Art des Meinens (2012)

pour voix de femme et ensemble

  • Informations générales
    • Date de composition : 2012
    • Durée : 12 mn
    • Éditeur : Nuova Stradivarius
    • Dédicace : à Christophe Bertrand
    • Livret (détail, auteur) :

      sonnets de Walter Benjamin

Effectif détaillé
  • piano

Information sur la création

  • 5 April 2012, France, Brest, Le Quartz, par Donatienne Michel-Dansac, Ensemble Sillages, Renaud Dejardin.

Note de programme

 « Ainsi les roses au crépuscule se détachent de la souple union de toutes les choses »

Walter Benjamin composait entre 1915 et 1925 une série de sonnets, dédiés a son jeune ami poète Christoph Heinle mort suicidé à la veille de la première Guerre mondiale. Il s'agit de textes qui à première vue paraissent centrés obsessivement sur les thèmes de l'absence et de la mort, mais qui révèlent, en reflet, tout son monde : particulièrement sa recherche des liens complexes entre let mots et les choses, entre la réalité et notre possibilité de la vivre et de la communiquer, et l’attente d’un temps (à venir) de recomposition.

Le titre de ma pièce, qui combine d'une façon libre des fragments de ces sonnets, pourrait se traduire « La manière de signifier » : c'est une référence aux réflexions de Benjamin sur le langage et la traduction, dans lesquelles il imagine une étape de la langue (quand Adam donne leurs noms aux animaux) où il y avait une coïncidence parfaite du mot et de la chose qu'il désigne ; un langage naturel de l'homme que nous avons perdu aujourd'hui, mais dont les échos se font entendre pour nous encore, dans la fonction poétique et symbolique.

Là, l'accent est mis sur la « manière de signifier », plutôt que sur le contenu ou la codification du message.

J'ai perçu ce langage naturel, proche à l'essence, créateur de réalité, pas sujet aux restrictions des mots, comme très proche à ma poétique, où sont centrales les thématiques du sens musical, de la perception, des voyages de la musique entre la mémoire et l'oubli.Dans cette pièce sont entrelacées d'un côté une écriture fortement évolutive, favorable à la transformation rapide et à la pluralité des mondes, et d'autre part des procédures pseudo-itératives, où l'on se fixe sur de détails presque aléatoires, soumis à des variations imperceptibles, pour en révéler la possible lumière cachée, et  dont le suivi des développements génératifs  pourrait faire penser à la biologie ou à la linguistique.

Cette pièce est dédiée à la mémoire de Christophe Bertrand.

Stefano Bulfon.