Georges Aperghis (1945)

Machinations (2000)

spectacle musical pour quatre femmes et ordinateur

œuvre électronique, Ircam
œuvre scénique

Informations générales

Date de composition : 2000
Durée : 1 h
Éditeur : Durand
Commande: Ircam-Centre Pompidou et Secrétariat à la culture de la Rhénanie-Westphalie (Allemagne)

Livret (détail, auteur) :

François Regnault et Georges Aperghis

Genre
Ensemble de voix solistes a cappella (1 par voix) [Quatuor vocal]

Effectif détaillé
  • 4 voix de femme non spécifiée solo

Information sur la création

  • 6 mai 2000, Allemagne, Witten, festival, par Sylvie Levesque, Donatienne Michel-Dansac, Sylvie Sacoun, Geneviève Strosser : voix, Olivier Pasquet : ordinateur, Georges Aperghis : mise en scène, Daniel Levy : conception lumière et vidéo, Emily Loizeau : assistante à la mise en scène.

Information sur l'électronique
Information sur le studio : Ircam
RIM (réalisateur(s) en informatique musicale) : Olivier Pasquet, Tom Mays
Dispositif électronique : dispositif électronique non spécifié, dispositif multimédia (vidéo, lumière)

Observations

Article
François RÉGNAULT, « Né malentendu. Autour des Machinations de Georges Aperghis », L'étincelle, journal de la création à l'Ircam, juin 2008, en ligne sur http://etincelle.ircam.fr/793.html (lien vérifié en mai 2011).

Note de programme

La fabrique des « Machinations »

Quatre femmes, quatre voix, quatre manipulatrices face au public. Assises chacune derrière une table, on ne voit que leur tête et leurs mains.

Au-dessus de chacune d'elles, un écran vidéo.

Leurs voix prononcent des phonèmes, ancêtres de la parole humaine qui se composent peu à peu en contrepoint et forment selon les différentes mixtures des « langues ».

Cette matière informe s'organise parfois en bribes de discours eux-mêmes affectés par la fragilité humaine qui déteint sur la parole : balbutiements, bégaiements, asthme, etc.

Nous avons donc là un concentré à la fois d'agglomérats de phonèmes et des diverses manières de les prononcer comme une petite histoire concise et imaginaire de la naissance des langues et d'affects qui y sont liés.

En même temps, ces quatre interprètes feront apparaître des objets connus pour avoir accompagné la vie des hommes depuis toujours (feuilles d'arbres, cailloux, ossements, parties des mains, doigts, écorces d'arbres, cheveux, sable, coquillages, graines, plumes, etc). Ces objets posés par elles sur leur table seront captés par une mini-caméra vidéo, et on les verra sur les écrans qui se trouveront au-dessus d'elles.

Ces objets doivent être comme une concrétisation des phonèmes, comme si ce qui est prononcé nommait ces objets.Voici pour l'univers qui initialement caractérise ces quatre femmes.

À leurs côtés, un peu plus loin, leur faisant face, donc de profil pour le public, se tient un homme devant son ordinateur. Il scrute attentivement le jeu des quatre femmes, et y intervient à sa façon (manipule leur voix, leur phrasé, accentue tel ou tel paramètre de leur flux sonore, partant de leurs propres voix, déclenche des tempêtes, rivalise en virtuosité avec elles, etc). Sur le plan visuel aussi, il envahit par moments leurs écrans en y injectant les graphiques des programmes de son ordinateur.

Ainsi les phonèmes et objets sonores et visuels changent de nature, entrent malgré eux dans un discours musical qui les dépasse.

À côté de tout cela, un discours logique et « scientifique » traverse le spectacle, (passant par les voix des femmes ou de la « machine » qui parle aussi) : sorte de traversée des temps, qui commence avec le jeu de dés et, après diverses étapes, aboutit (en passant par le jeu de l'oie, etc.) aux programmes de nos ordinateurs d'aujourd'hui.

Georges Aperghis, programme Agora 2000.